Pratiques utopiques
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Aux Editions Constance social club

Portraits, Faux-la-Montagne

Edmond Baudouin,
Portraits, Faux-la-Montagne
2016
ISBN : 978-2-919272-08-2
192 pages
16 €


Trop loin de tout, le village, s’il ne voulait pas mourir, devait réagir.

L’histoire

Quand Edmond Baudoin dessine les habitants d'un village limousin...
Et quand ces habitants lui racontent leur village.

Le village

Faux-la-Montagne est situé au sud du département de la Creuse, au centre du Limousin (intégré désormais au sein de la Nouvelle Aquitaine), sur une Montagne limousine qu’on appelle aussi, ici, le Plateau de Millevaches. Nous sommes en pleine campagne, dans un paysage de moyenne montagne, de lacs et de forêts qui n’ont, les premiers comme les secondes, pas plus de cent ans d’âge. L’altitude oscille entre 525 et 821 mètres, point culminant de la commune, à La Sagne, au bois de Bessat, au-dessus du village de Loudoueineix. Avec une superficie de 4 800 hectares (48 km²) et une population de quatre cents neuf habitants, Faux fait partie de ces communes rurales les moins denses de France : 8 habitants au km². Pour vous donner une idée : si Paris avait la densité de Faux-la-Montagne la capitale n’aurait que huit cents quarante habitants tandis que si Faux avait la densité de Paris, y habiteraient plus d’un million de personnes ! Nous sommes ici dans ce qu’un très sérieux sénateur, auteur d’un rapport sur le sujet, a nommé en 2014 « l’hyper-ruralité ». Ce qu’en des temps où les mots étaient moins précautionneux on appelait le rural profond.

Une semaine de résidence

L’idée est née de réaliser un portrait du village qui ne soit pas collectif, mais pointilliste. Laetitia Carton, qui vit à Faux depuis huit ans et est depuis 2014 conseillère municipale, demande à son ami Edmond Baudoin de venir dessiner les gens de Faux. Soixante-et-un d’entre eux (15 % de la population) ont accepté de se prêter à la pose. Mais Baudoin, lorsqu’il crayonne, n’aime guère le silence. Il veut connaître celui qu’il croque. Il lui pose des questions, l’interroge sur sa vie, sur le village et son avenir. Le modèle parle. Laetitia enregistre. Toute une équipe bénévole transcrira les enregistrements et on exposera l’ensemble, les dessins et les textes, dans la salle de la mairie où chacun pourra ensuite venir les voir et les lire. Ce livre est le résultat de cette expérience. Avec un parti pris : publier tels quels les témoignages des habitants. Sans réécriture mais avec l’authenticité d’une parole brute, directe, sincère.

Le dessinateur

Edmond Baudoin est sorti de l’école à 16 ans. Vers l’âge de 30 ans, l’idée de mourir sans faire du dessin tous les jours de sa vie lui est devenue insupportable et il devient dessinateur. Son premier livre de bande dessinée a été publié en 1981, et depuis il en a fait plus de quatre-vingts, sans compter des travaux d’illustrations de textes adultes et enfants. Il a travaillé avec Le Clézio, Fred Vargas, Frank, Jacques Lob, l’Abbé Pierre, Céline Wagner, Tahar Ben Jelloun, Philippe Chartron, Carol Vanni, Mircea Carta Rescu. Certains de ses livres ont eu des prix à Angoulême. Couma Acco meilleur Album en 1992, Le Portrait meilleur scénario en 1995. Fred Vargas a eu le prix du meilleur scénario en 2000 avec Les Quatre Fleuves. Deux documentaires ont été réalisés sur lui, Un chemin avec Baudoin de Jacques Samson et Christophe Camoirano (Girelle Production) et Edmond, un portrait de Baudoin de Laetitia Carton (Kaléo Film).

L'initiatrice

Laetitia Carton habite le Plateau de Millevaches depuis 2008. Elle est née en 1974, à Vichy. Depuis dix ans, elle fait des films. À 17 ans, elle voulait déjà faire du cinéma mais on lui a dit qu’il n’y avait pas de débouché, alors elle a fait une fac de psycho où elle s'est bien ennuyée. Finalement elle a passé cinq années à l’école d’art de Clermont-Ferrand, où elle s'est beaucoup plue. Un passage par le post-diplôme de l’école d’art de Lyon, l'a finalement amenée sur le chemin du cinéma et elle est entrée à l’école du documentaire de Lussas. Son master 2 en poche, elle a voyagé jusqu’à Cuba pour accompagner son film de fin d’études : D’un chagrin j’ai fait un repos. En 2009, elle a réalisé pour la télévision son premier long-métrage : La Pieuvre. Il racontait l’histoire de sa famille et d’une maladie génétique neuro-dégénérative qui la décime. En 2006, elle a commencé à tourner J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd, une lettre en cinéma à un ami sourd, mort en 2004, où elle lui donne des nouvelles de son pays. Enfin terminé, il est sorti en salles en janvier 2016. Pendant cette décennie consacrée à ce film, elle a eu besoin de se changer les idées et a eu envie, avec son ami Baudoin, auteur de bandes dessinées, de faire un film. Edmond, un portrait de Baudoin est sorti en salles en septembre 2015. Elle aime trouver des prétextes pour continuer de travailler avec lui comme avec cette semaine de résidence à Faux-la-Montagne qui est à l'origine de ce livre.

Le commentaire des éditeurs

L'évolution récente des villages a intéressé les historiens et les sociologues qui, ailleurs en France, ont observé la transformation des communes rurales françaises. Parmi les plus récents à s’être penchés sur ce thème, un anthropologue et un sociologue. Le premier, décrivant son village de Chichery, dans l’Yonne, parle d’un « village métamorphosé » qui n’est plus vraiment un village mais qui ressemble de plus en plus à une zone suburbaine, à quatorze kilomètres d’une grande ville (Auxerre) et à deux heures de route de Paris. Le second, étudiant le village de Cadenet, dans le Vaucluse, parle carrément de « la fin du village ». Là encore, la culture urbaine semble avoir fait disparaître une antique civilisation qui ne subsisterait plus que dans quelques écomusées. À la différence de Chichery et de Cadenet, c’est peut-être la chance de Faux-la-Montagne de ne pas s’être trouvé si proche d’une grande agglomération qui l’aurait englouti ou asphyxié. Trop loin de tout, le village, s’il ne voulait pas mourir, devait réagir. Refusant la fin programmée diagnostiquée par Le Goff, il a réussi une reconversion qui fait qu’aujourd’hui, sa population croît à nouveau. Mais pour croître il faut y croire, et c’est cette première conversion qu’en trente ans Faux-la-Montagne a vécue. En ce sens ce livre apporte des éléments intéressants au débat qui oppose ceux qui voient dans le renouveau démographique des espaces ruraux un phénomène d' « urbanisation des campagnes » où ces dernières ne seraient plus que la lointaine périphérie des villes, une sorte de stade ultime de l'urbanisation, à ceux qui y décèlent plutôt le « triomphe d'une nouvelle ruralité » où les points faibles d'hier sont devenus des atouts.

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